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sept
19

Le Crowdsourcing a-t-il une éthique ? Truecaller pour savoir qui appelle

Qui n’a jamais reçu un appel téléphonique d’un numéro inconnu, en se demandant de qui il s’agit ? La question est facile à poser, mais la réponse est plus compliquée à obtenir.

Des services existent pour cela depuis longtemps. On se souvient du service minitel 3617 ANNU lancé en 1996 par Xavier Niel (l’actuel PDG de Free, service dont l’histoire est racontée dans l’excellent livre d’Aurélien Bellanger « La théorie de l’information »), puis du 3615 QUIDONC de France Télécom. Aujourd’hui de nombreux sites internet proposent d’accéder à ces informations.

Comment cela fonctionne-t-il ? Tout repose sur la constitution d’une base de données suffisamment complète. Ces bases peuvent être achetées, ou bien reconstituées à partir de service existants.

Reconstitution par crowdsourcing

Truecaller a eu une nouvelle idée. Compléter et affiner les bases de données d’abonnés en allant chercher les informations directement là où elles se trouvent : dans les annuaires des téléphones portables de milliers (millions ?) d’utilisateurs.

Voila comment cela fonctionne. Tout commence par le téléchargement de l’application (disponible sur toutes les plate-formes : Nokia, iPhone, Android, Windows, Blackberry). Lorsqu’un appel d’un numéro inconnu est reçu, l’application interroge en temps réel les serveurs de Truecaller, pour récupérer le nom de l’appelant, puis l’afficher. Mais en même temps, si l’option « recherche intelligente » est cochée (elle l’est par défaut …), alors l’application envoie le contenu de votre annuaire (noms + numéros de téléphone) vers les serveurs de Truecaller.

On comprend donc comment Truecaller parvient à reconstituer ainsi une base de données mondiale de noms et de numéros de téléphone. Chacun de nous permet à la base de se constituer petit à petit. Génial, non ? Oui mais …

Et maintenant la question de la confidentialité

Il y a un [petit] problème. Les utilisateurs ne réalisent pas vraiment que leur annuaire est envoyé à l’extérieur, et que les numéros et noms qu’ils contiennent vont pouvoir être utilisés par d’autres (par exemple : « Tati Périgord »  / 068493xxxx).

Il est vrai qu’à l’installation, les permissions demandées par l’application sont plutôt très intrusives, et font assez peur :

Ce fonctionnement commence à provoquer des interrogations. Par exemple en Inde, où l’application est très utilisée, il y a quelques polémiques. Des numéros confidentiels et sensibles (membre du gouvernement, personnalités, dirigeants, …) peuvent avoir « fuiter » vers les serveurs de Truecaller.

Si Trucaller revendique des dizaines de millions de numéros et de noms dans sa base, on peut également s’interroger sur les conséquences d’un vol de ces données. Même si l’entreprise prétend porter une grande attention à la sécurité, elle reste petite et vulnérables, et d’autres sociétés bien plus grandes ont échoué dans la protection de certaines données (Linkedin, …)

Le Crowdsourcing a-t-il une éthique ?

Le fonctionnement de ce service basé sur le Crowdsourcing appelle à se poser certaines questions, lancées à la volée (pistes de réponses dans un prochain billet ou dans vos commentaires …).

Une application de Crowdsourcing peut-elle collecter discrètement des informations auprès de ses contributeurs ?

Les informations collectées par Crowdsourcing doivent-elle être rendues publiques ?

Peuvent-elles être monétisées par des tiers ?

Jusqu’où peut-on aller dans la collecte d’informations par Crowdsourcing, même en contrepartie d’un service ?

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